Schweizerische Heraldische Gesellschaft
Société Suisse d'Héraldique
Società Svizzera di Araldica

Eine Fahne des Malteserordens
Artikel aus Schweizer Archiv für Heraldik, Heft 2002-I

Résumé: Une bannière de l'Ordre de Malte

Il y a peu de temps, j'ai eu l'occasion d'examiner une grande bannière en damas rouge, qui, à côté de la problématique de conservation et de restauration, présentait une énigme héraldique. Ses grandes dimensions (presque 480 cm de largeur x 320 cm de hauteur), peu courantes, laissent supposer que la bannière a été utilisé comme pavillon pour la navigation.

Description:

Tissu
Le damas de soie qui compose la bannière, dont la couleur d'origine devait être bordeaux, présente un motif de rinceaux à feuilles épaisses ménageant des champs ovales et des rosettes. Ce motif se retrouve fréquemment sur les soieries italiennes aux environs de 1700.

Peinture
Le drapeau est bordé d'une large bande peinte. Les rinceaux entourent des fleurs alors que s'inscrivent, entre deux, des trophées d'instruments de musique et d'armes.
Aux angles du drapeau côté hampe ainsi qu'à l'extrémité de la partie flottante se trouvent des rinceaux et des lettres d'or surmontés d'une couronne.

Le centre de la bannière présente une figure féminine en manteau bleu, auréolée d'or et debout sur un croissant de lune. En dessous, l'inscription "IPSA TE CONTERET". A côté se trouve un homme agenouillé devant un agneau et tenant un bâton avec banderole.
La scène représente la vierge Marie s'apprêtant à fouler aux pieds la tête du serpent. L'inscription latine sur la banderole est tirée de la Genèse 3,15. L'homme agenouillé représente saint Jean-Baptiste, le précourseur, annonçant la venue du Messie. Ceci est souligné par les lettres de la banderole E(cce) A(gnus) D(ei) ("voici l'agneau de Dieu") ainsi que par la présence de l'agneau.
Le style de la peinture de cette bannière est typique du baroque tardif italien.

Armoiries:

Sur le côté flottant de la bannière sont peintes trois armoiries sur chaque face. Il s'agissait de les identifier.
Les écussons rangés en triangle présentent trois armoiries. Chaqun des écussons est surmonté d'une couronne dorée de prince d'Empire.

1) L'écusson du bas est écartelé et porte un écu en coeur. Ce sont les armoiries de la famille Nesselrode, famille aristocratique de basse Rhénanie remontant au XIIIe - XIVe siècle et qui tire son nom du château de Nesselrath. Les Nesselrode se répartissent en deux branches:
La plus jeune lignée, les Nesselrode-Ehreshoven, portent le titre de comte depuis 1705 grâce à Johann Florentin Wilhelm et à son fils Johann Hermann Franz (†1751).
Les Nesselrode-Reichenstein-Landskron sont la lignée ancienne. Elle obtient en 1652 le titre de Freiherr (baron) grâce à Bertram.
L'écusson principal porte les armoiries des Reichenstein-Landskron.
Le 7 avril 1683, à l'âge de six ans, Philipp Wilhelm, comte de Nesselrode-Reichenstein, né à Herten en 1677, est admis au sein de l'ordre de Malte cum dispensatione minorennitatis.
L'ancienneté dans l'Ordre étant déterminante pour l'obtention des charges et des dignités, les familles aristocratiques essayaient de faire entrer le plus vite possible leurs enfants dans l'Ordre.

Parmi nombreuses charges endossées par le comte Philipp de Nesselrode-Reichenstein, nous ne citerons que les suivantes:
- De 1721 à 1727, grand bailli pour les territoires germanophones.
- De 1727 à 1754, grand prieur allemand et prince de Heitersheim, où se trouvaient le siège et le centre administratif du grand prieuré. Aujourd'hui encore, on retrouve ses armoiries sur plusieurs bâtiments qu'il a fait construire, dont l'ancienne salle des chevaliers du château de Heitersheim.
- En 1728 il a pris la charge de conseiller secret impérial.
- Dans le domaine de la marine, en 1716 il fut capitaine de la "Capitana", navire amiral de la flotte de l'Ordre et en 1720, capitaine de la galère d'état (Galera Magistrale).

Il mourut le 16 janvier 1754 à Malte et repose dans la cathédrale de l'île. Sur sa pierre tombale, on peut voir dans le marbre, au-dessus de l'inscription, un écusson aux armes écartelées: en 1 et 4 les armoiries de Malte et en 2 et 3 celles de la famille Neselrode-Reichenstein, surmontées d'une couronne comtale.

2) Les deuxièmes armoiries se trouvent dans l'écusson du haut. On y voit une croix de Malte de sable sur champ de gueules.
A côté du grand maître, seuls des grands prieurs avaient le privilège de se parer des armoiries de l'ordre.
L'Order de Malte ou de Saint-Jean (Ordo militiae Santi Johannis Bapistae hospitalis Hierosolimitani) s'est développé à partir de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem (d'où le nom d'Hospitalier). En 1113 et 1115 les papes Pascal II et Eugène III ont soutenu la fondation d'un royaume latin de Jérusalem qui découlait de la création de l'Ordre. Les frères devaient prononcer trois voeux monacaux (pauvreté, soumission et chasteté) et jurer de défendre Jérusalem contre les musulmans.
Ils assuraient le bien-être des pélerins et des croisés. L'organisation des bastions de croisés les poussa à transférer leur quartier général sur l'île de Rhodes en 1309. Lorsque les Ottomans envahirent cette île en 1522 sous le commandement de Soliman Ier, les chevaliers quittèrent l'île. Charles Quint leur accorda l'île de Malte en 1530. A partir de ce moment, ils adoptèrent le nom de chevaliers de Malte. Dès cette époque, ils régnèrent en champions de l'Ordre sur les eaux de la Méditerranée afin de repousser les ennemis de la terre sainte, les musulmans.
Au sein de l'Ordre, on différenciait les chevaliers, les ecclésiastiques et les frères. A la tête de l'ordre se trouvait un grand maître flanqué d'un chapitre général.
Les chevaliers de l'ordre étaient tous issus de l'aristrocratie et devaient prouver que leur noblesse autant paternelle que maternelle remontait au moins à 4 générations et ne comportait que les alliances légales.
A la tête d'une commanderie de Saint-Jean se trouve un homme qui porte le titre de Commandeur ("Komtur"). L'ordre est organisé en 8 provinces (appelées aussi langues ou nations). Chaqune est elle-même organisée en grand prieurés, prieurés et bailliages. Dans chaque province siégeait un chapitre provincial.
La réformation a amputé l'ordre des chevaliers de Malte de leurs possessions anglaises et allemandes alors que la révolution française de 1789 s'empara des possessions françaises.
Un très bel example de 1750 environ est donné par le tableau repésentant la vaisseau amiral de l'ordre de Malte commandé par Manuel Pinto da Fonseca (1741-1773), qui nous montre le jeu complet des pavillons d'un bateau de ce type.
On y reconnaît les trois types de drapeaux utilisés sur les navires: le pavillon (bandiera), la bannière (fiamma) et la banderolle (gagliardetto).

3) Les troisièmes armoiries en haut à droite ont posé le plus de problèmes pour leur identification.
L'écusson est écartelé et montre en 1 un lion de gueules sur champ de sable, en 2 et 3 une croix de Malte de sable sur champ de gueules e en 4 une main ailée dorée tenant une épée sur champ de gueules. Les armoiries de Malte étant repérées, restaient à identifier celles an 1 et 4.
Dans une publication d'Aldo Ziggioto sont présentées les armoiries des 8 derniers grands maîtres de l'Ordre de Malte. Celles que nous cherchons y figurent. Il s'agit des armoiries du portugais Antonio Manuel de Vilhena (1722-1736).
Fra von Nesselrode fut subordonné à 7 grands maîtres durant son service auprès de l'Ordre. Entre 1722 et 1736, il était donc sous les ordres du grand maître Fra Antonio Vilhena.
Les trois écussons montrent donc les armoiries de l'Ordre des chevaliers de Malte, celles du grand maître Antonio Manuel de Vilhena et celles de Philipp Wilhelm comte de Nesselrode-Reichenstein, grand balli et grand prieur de l'Ordre dans les provinces germanophones.
La représentation du navire amiral orné de ses différent drapeaux ainsi que la position de Philipp Wilhelm comte de Nesselrode-Reichenstein en tant que capitaine du navire amiral de la flotte de l'ordre et plus tard capitaine de la galière d'état, permettent de mieux comprendre les imposantes dimensions et la fonction de pavillon naval de ce drapeau.
Dans un ouvrage de Joseph Stange, on trouve la notice suivante: Philipp Wilhelm comte de Nesselrode-Reichenstein offrit le 29 mai 1728 un drapeau de l'Ordre à l'église de Herten. Celui-ci se trouvait encore en 1865 dans la chapelle du château.

Adresse de l'auteur: Sabine Sille, cp 36, CH-1585 Salavaux